« Devenir Suisse n’est pas un droit, c’est un honneur ».
Dans les années 1970, en Suisse, le climat est lourd en ce qui concerne la question des étrangers. Alors que l’immigration explose, le parti des Démocrates suisses (nom bien peu évocateur de
l’idéologie politique qu’il supporte) lancent plusieurs initiatives populaires « contre l’emprise étrangère ».
1969, 1972, 1974. Pas moins de 4 initiatives visant à limiter à 10% la proportion des étrangers au sein du pays (aujourd’hui ce taux approche les 22%) ou à restreindre l’accès à la nationalité
sont soumis au vote des Suisses successivement. Toutes refusées à plus de 65%, cet acharnement du populiste James Schwarzenbach pousse Rolf Lyssy, réalisateur juif marqué par la guerre, à
dénoncer l’absurdité de la politique d’immigration suisse et de son processus de naturalisation semé d’embuche.
On suit alors Moritz Fischer (Emil Steinberger) et Max Bodmer (Walo Lüönd), deux officiers de la police cantonale zurichoise, dans leur investigation policière visant à s’assurer de l’intégration
des candidats à la nationalité suisse.
Ces candidats, et les personnages qui les interprètent, sont représentatifs de la population étrangère de l’époque : un communiste italien marié à une Tessinoise cherchant à échapper au
chômage de masse dans son pays, un couple de médecins français obligés d’obtenir la nationalité pour s’installer à son compte et une danseuse yougoslave dont les parents sont nées en Suisse et
qui souhaite simplement obtenir la nationalité du pays où elle a vécu. Et d’ailleurs, tous représentent, aux yeux des extrémistes, une aversion que l’on porte aux étrangers : communisme,
opportunisme ou improductivité.
Tout ceci n’est bien entendu pas sérieux, et le film est construit comme une satire.
Le film met en scène les différents candidats dans leurs tentatives désespérées de se faire bien voir, avant l’entretien ultime devant la commission nationale des naturalisations : cours de
suisse-allemand, préparation de la parfaite fondue, balade le long du lac de Zürich... l’officier Bodmer, conservateur exigeant, ne cessant de les
tester. La paradoxe final étant l’image de la danseuse yougoslave, plus suisse que suisse, renonçant à la nationalité pour vivre sa vie autrement.
Le Faiseur de Suisses est un succès national rassemblant pratiquement un million de spectateurs (dans un pays d’à peine 6,5 millions d’habitants). Aujourd’hui encore, la naturalisation suisse est
un véritablement cheminement, on ne devient jamais Suisse par hasard. Mais le pays vous le rend bien. Voilà ce dont on retient de ce film
Le Faiseur de Suisses (Die Schweizermacher), Rolf LYSSY, 1979